Cruel destin pour la Côte d’Ivoire, la RDC et surtout le Sénégal
Posté par patricksota le 2 juillet 2026
Côte d’Ivoire contre Norvège : 1-2.
Angleterre contre RDC : 2-1.
Belgique contre Sénégal : 3-2.
Trois litanies. Trois glas. Trois équipes africaines jetées hors du songe alors qu’elles en touchaient encore le bord, les doigts pleins d’huitièmes.
Mais c’est le Sénégal qui m’a fendu.
2-0 face à la Belgique jusqu’à la 86ème minute. Deux buts d’avance, et tout Dakar devenait une cathédrale : voûtes hautes, chants bas, l’encens des huitièmes qui montait déjà. Le jeu était maîtrisé comme une prière. La médiane, un autel. Les Lions de la Teranga voyaient la mer des huitièmes s’ouvrir devant eux, calme, promise.
Il a suffi de quatre minutes.
Quatre minutes pour que les Diables Rouges percent la voûte. Quatre minutes pour ramener le score à hauteur, arracher la prolongation, arracher le souffle. Et puis, à la 120ème, ce penalty belge. Sévère comme une sentence. Inutilement exact comme un clou. 3-2. Le sifflet a scellé le cercueil.L’Afrique saigne. L’Afrique pleure à voix basse, pour ne pas réveiller la honte.
Il faut disséquer ce sang, nommer les lames.
Des entraîneurs qui ne lisent pas le jeu, mais le devinent mal. Des changements tardifs, mal cousus, jetés sur une blessure déjà ouverte. Les Africains savent conquérir. Ils savent moins garder. Parce que le banc, aux dix dernières minutes, bégaye au lieu de tonner.J’ai vu le coach belge griffonner sur son calepin pendant que le Sénégal menait 2-0. C’était presque sacrilège. Un homme qui écrit pendant que la montagne s’écroule. Personne ne le voyait remonter cette falaise. Pas moi. Pas la cabine de Fatima à Bujumbura. Pas même l’ombre de Lukaku qui attendait sur le banc comme un jugement.
Aller vite en besogne, on l’a cru. On s’est trompé.
Ses changements furent des mines d’or. L’entrée de Lukaku : un marteau dans une vitrine. Salvateur. Le match a basculé, corps retourné sur la table d’autopsie, cœur encore tiède.En face, le banc sénégalais s’était déjà assis dans les huitièmes. Ses changements sont venus tard. Trop tard. Il a oublié d’injecter la fraîcheur dans les veines du 2-0. Oublié de le salir, de le mordre, de le garder vivant à coups de fautes intelligentes, de temps volé, de poumons neufs. On y a cru. Nous tous. Mais c’était sans compter sur un coach belge qui a déjà traversé d’autres nuits. Un homme de calepin contre un peuple de rêve.
Jusqu’ici, seul le Maroc a tiré son épingle du jeu. Et encore. Ce n’est qu’au supplice des tirs au but que les Lions de l’Atlas ont terrassé les Hollandais, 3-2. La loterie. La grâce. La main de Dieu en gants de gardien. Mais c’est déjà ça. Il faut les nommer, debout, la
main sur le cœur.
Et les autres ?
L’Égypte. L’Algérie — notre futur adversaire aux éliminatoires de la CAN 2027. Le Ghana.
Vont-ils nous infliger les mêmes veillées amères ? Les mêmes 86èmes minutes qui mangent les 90 et recrachent des larmes ?
L’Afrique, toujours à la traîne, pourquoi ?
Ce n’est pas le savoir-faire. Les pieds savent parler. Les poumons savent brûler. C’est le mental. L’état d’esprit. L’émotivité qui se change en triomphalisme précoce. On mène 2-0 et l’on s’achète déjà le maillot des huitièmes, on s’assoit déjà à la table.C’est cela le poison : croire la messe dite à la 86ème. Croire le calepin adverse vide, alors qu’il est plein de haches.
Le football ne pardonne pas l’arrogance du score. Il vous guette à la 87ème, à la 93ème, à la 120ème, avec un penalty et un silence de tombe.
Et nous, nous souffrons.
Nous souffrons de ces renversements au goût de fer. Nous souffrons de voir la maîtrise s’évaporer en quatre minutes comme l’eau sur la tôle de Buyenzi. Nous souffrons d’un banc qui écrit trop tard et d’un cœur collectif qui chante trop tôt.
Alors, que faire ?
Lire le jeu comme on lit un deuil : sans illusion, sans musique. Changer avant la panique, pas après le cri. Mettre de la fraîcheur quand le 2-0 sent encore la victoire, pour qu’il devienne 3-0, ou qu’il reste 2-0, mais vivant. Tuer le triomphalisme dans l’œuf. Apprendre que 86 minutes ne sont pas 90. Que quatre minutes peuvent être une éternité si on les laisse prier pour l’autre.Le Maroc a montré le chemin : tenir, puis tirer, puis prier. C’est peu. C’est immense.
Égypte, Algérie, Ghana… regardez le calepin belge. Voyez Lukaku entrer comme une sentence. Comprenez que l’Europe ne meurt jamais à 86 minutes. Elle attend, genou à terre, stylo en main.
L’Afrique peut mieux faire. Elle doit mieux faire.
Non parce qu’on nous le doit. Mais parce que nos enfants à Buyenzi, à Abidjan, à Kinshasa, à Dakar, méritent de ne plus pleurer à la 120ème. Ils méritent des huitièmes sans funérailles.Jusqu’à ce jour, nous enterrons.
Côte d’Ivoire : 1-2.
RDC : 1-2.
Sénégal : 3-2.Trois lignes sur un tableau. Trois deuils dans une cabine. Trois portes des huitièmes claquées au nez.
L’Afrique saigne.Que son prochain texte soit une cicatrice. Et que cette cicatrice s’appelle : jamais plus à la 86ème.
Patrick Sota
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