Où va-t-on regarder la Coupe du Monde ?

Posté par patricksota le 7 juin 2026

 

 Coupe du Monde FIFA 2026 co-organisée par les États-Unis, le CANADA et le Mexique du 11 juin au 19 juillet

 
Où va-t-on regarder le Mondial ?

 

Quand le ballon rond nous fuit

La nuit qui tombe
Sur les crêtes qui veillent Bujumbura comme dans les vallées profondes du Burundi, une nuit prématurée est tombée. Non pas celle que le ciel impose à l’heure dite, mais une obscurité amère, tissée de silence et de renoncement. Les maquis se sont tus. Les places ont perdu leur rumeur. Et dans l’âme du peuple, c’est comme si les tambours sacrés avaient soudain suspendu leur battement, saisis par l’horreur d’un festin du monde auquel on nous défend de prendre place.

On nous annonce l’exil. L’exil du spectacle. La Coupe du Monde, cette odyssée des hommes, ce poème de 104 actes où la gloire et la chute se tiennent la main, passera. Elle passera au-dessus de nos toits sans daigner s’y poser.

Canal+ Sport se tait, car le groupe n’a pas acquis les droits légaux de diffusion du Mondial pour l’Afrique francophone subsaharienne. 

SuperSport ferme son livre, car ses droits sur le continent n’incluent pas le Burundi pour cette compétition.

Azam, si généreux envers la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, trace autour de nos collines une frontière d’ombre, lui qui a confirmé ne pas détenir les droits nécessaires pour retransmettre les 104 matchs aux abonnés résidant au Burundi. *New World TV* tient le sceptre exclusif, mais nos mains restent vides.

Le silence des écrans
Alors la désolation s’installe, lourde comme un crépuscule sans lune. Dans les parcelles de Bujumbura, dans les échoppes de Gitega, sous les palmiers à huile de Rumonge, ce sont les mêmes âmes orphelines. L’enfant qui serrait déjà contre son cœur le nom d’un dieu en crampons. Le vieillard qui comptait, une fois encore, transmettre la fièvre sacrée à son petit-fils. Le frère qui rêvait de l’unité d’un pays tout entier, suspendu à la même respiration, au même frisson, au même « but » arraché dans le temps additionnel.

On ne nous retire pas de simples rencontres. On nous arrache un mois de fraternité. Un mois où les blessures se referment, où les voix dissonantes s’accordent, où le Burundi tout entier n’est plus qu’un seul cœur battant au tempo d’un cuir qui danse.

L’ultime prière
Mais même dans cette nuit, l’amour du jeu refuse de mourir. Les innombrables amateurs du ballon rond gardent les yeux levés. Ils se tournent, suppliants et dignes, vers ceux à qui le destin du pays a été confié. Ils forment l’ultime prière d’un peuple de passionnés : que surgisse un sursaut national. Que la voix de l’État tonne plus fort que les contrats. Qu’elle brise les verrous, qu’elle force les portes, pour que les 104 chants de cette Coupe du Monde parviennent jusqu’à nous. Intacts. Vivants.

Faute de quoi, l’affliction sera totale. Ce ne sera plus une absence. Ce sera une amputation. Un coup d’une cruauté infinie porté au cœur même des supporters burundais, qui ne demandent au monde qu’une seule grâce : celle de vibrer avec lui.

Nous attendons. Debout. L’âme en suspens, entre le désespoir et la foi.

 

Fait à Bujumbura, le 07 juin 2026

Patrick Sota
Journaliste Sportif

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