France vs Côte d’Ivoire : 1-2

Posté par patricksota le 5 juin 2026

France vs Côte d’Ivoire : 1-2

 

Épître aux Éléphants : Le Renversement

Abidjan, reine lagunaire, perle d’ébène sertie entre mer et mangroves, suspend son souffle. Le soir tombe sur le Plateau, mais les maquis ne ferment pas. À Yopougon, à Adjamé, à Treichville, à Marcory, à Cocody… les écrans s’allument comme des oracles. La ville entière devient poitrine unique, cœur unique, battant au rythme des crampons lointains.

1-0. Cherki, 45ème. Lame froide. Le silence descend, lourd comme un deuil. Les verres restent en l’air, à mi-chemin des lèvres. Abidjan plisse les yeux. Elle connaît ce piège : croire que les géants sont invincibles.

Puis la seconde période. Et la terre ivoirienne répond. 53ème minute. Guela Doue. Nom qui sonne comme un tam-tam de guerre. La foudre traverse le stade, traverse l’Atlantique, traverse le cœur d’Abidjan. 1-1. Les maquis explosent. Les motos klaxonnent. Les pagnes s’agitent comme des drapeaux.

84ème. Diallo. Le nom des anciens. Le nom des vainqueurs. L’addition, corsée, implacable. 1-2. Et Abidjan exhale enfin. Un souffle retenu depuis 84 minutes se transforme en cri. Un cri qui remonte du Vallon jusqu’à Port-Bouët, qui fait trembler les eaux de la lagune Ébrié.

13 tirs contre 7. 56% de possession contre 44%. La France a caressé le ballon. La Côte d’Ivoire a caressé l’histoire. La possession n’est qu’ornement quand l’ivoire décide du destin. 6 tirs cadrés pour 2 buts. Chirurgie. Cruauté. Maturité.

Abidjan comprend le présage. Les Éléphants n’ont plus l’insolence de la jeunesse. Ils ont la patience des anciens. Savoir encaisser 45 minutes pour frapper aux 45 autres. Savoir laisser l’ennemi s’épuiser dans le vain, puis mordre au vital.

Ce 1-2 n’est pas un simple amical. C’est une lettre. Une lettre scellée à la cire blanche, envoyée aux nations du monde : “Vous pouvez nous dominer. Vous ne nous tuerez pas. Nous savons attendre l’heure des dieux.”

Alors oui, pour mes amis ivoiriens : dites à Abidjan de respirer. Doucement. Car si les Éléphants savent déjà renverser les champions du monde un soir de juin, imaginez ce qu’ils feront sous le ciel brûlant d’un Mondial.

Un jour, ce ne sera plus l’écran que nous regarderons. Ce sera le drapeau orange, blanc, vert, flottant sur la pelouse du monde.

 

Patrick Sota

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